Un nouveau départ pour le blog de Lurdo, après quasiment 14 ans de critiques cinéma et tv publiées tous les jours... ou presque. Archives sur lestelephagesanonymes.over-blog.com.
## Au programme : des films et des séries, pour un minimum de quatre critiques par semaine...##
Vice-Versa 2 (Inside Out 2 - 2024) :
Désormais sur le point de devenir adolescente, Riley (Kensington Tallman) est invitée à prendre part à un camp d'entraînement de hockey avec ses deux meilleures amies Bree (Sumayyah Nuriddin-Green) et Grace (Grace Lu). Mais tout se complique lorsque Bree et Grace lui annoncent qu'elles ne vont plus se voir à la rentrer, et la pression à l'idée de rencontrer son idole Val (Lilimar), joueuse de renom, déclenche un torrent de nouvelles émotions dans son organisme : Anxiété (Maya Hawke), Envie (Ayo Edebiri), Ennui (Adèle Exarchopoulos) et Embarras (Paul Walter Hauser), qui vont prendre le contrôle de Riley, au grand dam de Joie (Amy Poehler) et de ses collègues...
Le premier Inside Out, s'il souffrait un peu du symptôme Pixar du film qui commence par une idée de court-métrage très forte et se poursuit sous la forme d'un récit d'aventures sympathique mais pas au même niveau, restait globalement un excellent divertissement, drôle et touchant.
Neuf ans plus tard, cette suite fait sens, puisque Riley a grandi, et qu'elle fait désormais l'expérience de nouvelles émotions. Et ça reste réussi, bien qu'un cran en dessous du premier volet (ce qui n'est pas forcément très surprenant, en soi).
Alors si j'étais aussi cynique qu'une bonne partie des critiques américains, je dirais que ce film pue l'exploitation de franchise, que Pixar n'a plus d'inspiration depuis que c'est une succursale Disney, que les disparités salariales qui ont mené au remplacement de Mindy Kaling et de Bill Hader par Liza Lapira et Tony Hale sont honteuses, que le scénario aurait dû développer le grand secret de Riley et le lier à son admiration pour Val dans une sorte de crush amoureux LGBTQ non assumé, et que sais-je encore...
Mais non : tous ces arguments frôlent en réalité bien souvent le putaclic, et Inside Out 2 reste un film tout à fait charmant et sympathique, bien qu'un peu prévisible, notamment parce qu'il ne bénéficie plus de l'effet de surprise du premier.
Les nouvelles émotions sont efficaces, leur impact sur Riley sonne juste, et le message reste cohérent avec celui du premier film : ça fonctionne, même si, effectivement, ça n'atteint pas les sommets du premier (notamment en termes d'émotion, mais aussi de musique, Giacchino ne revenant pas pour cette suite).
4/6
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Je l'avais déjà mentionné dans le bilan de la saison 1 de Squid Game, cette série sud-coréenne ayant cartonné sur Netflix en 2021, mais j'étais particulièrement dubitatif à l'idée d'une suite, ne voyant pas vraiment dans quelle direction le programme pourrait se tourner de manière intéressante : nouveaux candidats et protagonistes ? Gi-Hun qui tente d'infiltrer l'organisation et de se venger ? Bof.
Et ce qui n'aide pas, c'est que le créateur et showrunner a clairement fait savoir qu'il n'avait initialement pas vraiment prévu de suite à sa saison 1 : il a donc dû concevoir et tourner cette suite pas forcément indispensable et, à l'instar d'un Iron Man 2 précipitamment mis en chantier suite au succès imprévu du premier volet, on pouvait se méfier de la qualité du résultat final...
Squid Game, saison 2 (2024) :
Deux ans après avoir remporté le Squid Game, Gi-Hun (Lee Jung-jae) est plus décidé que jamais à retrouver les organisateurs et à les faire payer. Il réintègre donc le jeu, où il retrouve son ami Jung-bae (Lee Seo-hwan) et tente à nouveau de survivre, tout en cherchant un moyen d'infiltrer l'organisation...
Et donc, sans surprise, cette saison 2 nous rejoue une partition familière, exactement celle que l'on pouvait prévoir/redouter en fin de s1 : une nouvelle fournée de joueurs, à laquelle s'ajoute un Gi-Hun en infiltration, désormais revanchard, sérieux et traumatisé. La série passe ainsi le plus clair des deux premiers épisodes de la saison à faire de la mise en place pas très probante, qui voit Gi-Hun s'associer à Jun-ho, l'ex-flic, assembler autour de lui une équipe pour tenter de retrouver le recruteur, et se confronter à ce dernier lors d'une partie de roulette russe sans grands enjeux.
Forcément : on est en début de saison, le scénariste ne va pas éliminer son personnage principal aussi tôt. Et c'est d'ailleurs là un des problèmes récurrents de la saison : le manque de réels enjeux vis à vis de Gi-Hun. Une fois les premiers épisodes passés, Gi-Hun se retrouve en effet embarqué dans une nouvelle session de jeux, avec pour seul changement, ici, sa connaissance préalable de certaines épreuves.
Un changement de dynamique intéressant, qui ne dure pas si longtemps que ça, puisque très rapidement, des groupes se forment, et Gi-Hun se retrouve notamment associé au numéro 001... à savoir le patron du Squid Game, en mode Undercover Boss (soit le même gimmick qu'en saison 1). Ce choix narratif (Gi-Hun va-t-il s'apercevoir de la supercherie ? Non. Pourquoi le boss décide-t-il de se faire passer pour un joueur ? Mystère. Quand va-t-il trahir Gi-Hun et les autres ? À la fin de la saison) donne, peu ou prou, à leur groupe une sorte de totem d'immunité scénaristique : rien ne leur arrivera tant que la confrontation Gi-Hin/boss n'aura pas eu lieu.
Cela, ajouté à la nouvelle caractérisation de Gi-Hun (austère... et honnêtement pas très malin : ses plans sont assez médiocres, il ne se méfie pas un instant du joueur 001, etc), rend cette partie du show peu captivante, et oblige le scénariste à multiplier les personnages secondaires, pour ramener un peu de suspense dans tout ça. Et là, à nouveau, c'est très mitigé : jeune femme enceinte, cryptobro, rappeur à la con, militaire transexuelle, mère et son fils trentenaire, père célibataire à la fille malade, jeune rebelle, marine qui s'effondre au premier conflit, shamane menaçante, grand patron endetté, etc...
Comme en saison 1, la caractérisation et l'interprétation sont très outrées, parfois insupportables (Thanos le rappeur est imbuvable, la shamane hors sujet), parfois insuffisantes (un certain nombre de personnages secondaires restent transparents), et seule une poignée de joueurs s'en sort honorablement (le duo mère/fils, la transexuelle...), alors même que des personnages plus importants (le compère de Gi-Hun) laissent de marbre jusqu'à leur fin.
Quand au déroulé de la saison, on sent que tout a été délayé : deux épisodes de mise en place, une redite du premier jeu, un deuxième jeu étalé sur deux épisodes, puis un troisième jeu et un début de rébellion qui transforme le dernier épisode de la saison en fusillade à rallonge se terminant en cliffhanger pour la saison 3.
Le tout avec une bonne dose de remplissage, qui présente d'un côté l'enquête de Jun-Ho, qui tente de localiser l'île où se déroulent le Squid Game (mais est trahi de manière ultra-évidente par un nouveau personnage secondaire), et de l'autre les états d'âme d'une nord-coréenne impassible, qui sert de soldat Squid, mais commence à avoir des remords.
Et pourtant, malgré tous ces défauts, je mentirais en disant que la saison a été une perte de temps ou désagréable à regarder. Une fois les deux premiers épisodes de mise en place passés, la mécanique efficace du jeu se met en branle, et le récit reste intéressant (sauf quand on repart sur la mission extérieure de Jun-Ho), ce qui fait que ça se regarde tout de même sans problème, d'autant que ça reste plutôt bien filmé, avec une direction artistique toujours intéressante.
Après... cette saison 2 était-elle bien nécessaire ? Pas sûr.
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L'idée d'être avec toi (The Idea of You - 2024) :
Jeune quadragénaire divorcée mère d'une adolescente de 16 ans (Ella Rubin), Solène (Anne Hathaway) est contrainte d'accompagner sa fille à un concert d'un boys band à la mode, August Moon. Là, en coulisses, elle y croise le chemin de Hayes Campbell (Nicholas Galitzine), le jeune chanteur du groupe, et c'est le coup de foudre entre eux. Une relation difficile à garder secrète et à faire accepter à l'entourage de Solène...
Mouais. L'adaptation d'un roman populaire, par Michael Showalter (plus connu pour sa carrière comique avec The State, et les films plus légers qui en ont découlé), pour une comédie dramatico-romantique cousue de fil blanc, qui ressemble bien trop à une fanfic self-insert d'une fan adulte de One Direction qu'à autre chose.
C'est improbable, c'est bourré de clichés (la divorcée directrice d'une gallerie d'art qui tente de se reconstruire, le chanteur superstar qui se sent seul et qui doute de lui-même mais qui trouve en Solène l'étincelle qui lui manquait parce qu'elle est tellement spéciale, l'ex-mari détestable, etc), c'est longuet, ça manque de fantaisie (les rebondissements sont très mélodramatiques), c'est très (trop) californien et trop premier degré pour son propre bien.
Heureusement, le couple principal fonctionne très bien (même si Anne Hathaway n'est pas mise en valeur avec son style bohème chic et sa frange moche), c'est toujours ça de pris. La happy end (qui est visiblement bien différente de la fin moins feel-good du livre) est de trop, cela dit.
2.5/6 (les critiques anglosaxons ont adoré, par contre)
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Le Trésor de Bella Vista (The Secrets of Bella Vista - 2022) :
Spécialiste en antiquités, Tess (Rachelle Lefevre) apprend un jour qu'elle est la propriétaire de la moitié d'une luxueuse exploitation agricole, Bella Vista, héritage d'un père qu'elle n'a jamais connu. Mais sur place, en rencontrant sa demi-sœur, elle apprend que l'exploitation est sur le point de faire faillite... mais qu'un trésor est peut-être dissimulé sur place.
Diffusé la même année que le Coup de foudre en Bretagne dans lequel Rachelle Lefevre tenait aussi le rôle principal, The Secrets of Bella Vista est une production Hallmark Movies & Mysteries... avec ce que ça comporte de cahier des charges inévitable.
Secrets de famille, intrigue plus sérieuse et mélodramatique, romance passant largement au second plan, échanges larmoyants et quelques clichés récurrents des romcoms Hallmark, comme l'héroïne qui doit faire son choix entre une promotion et le cocon familial, blablabla.
Bref, ce n'est pas mauvais en soi, si l'on apprécie le genre, mais rien de très mémorable, malgré une interprète principale sympathique et ses bff lesbiennes (dont une actrice revue dans Junebug).
3/6 (par contre, toute l'histoire des riches banquiers juifs qui ont fui l'Holocauste, etc... mwébof)
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Adaptation libre du Décameron (recueil de nouvelles italiennes de Giovanni Boccacio publié au 14e siècle et ayant récemment inspiré le quelconque Les bonnes sœurs) par la showrunneuse de Teenage Bounty Hunters (et avec Jenji Kohan à la production), cette mini-série en huit épisodes d'une heure, produite pour Netflix, garde le cadre et le ton de l'œuvre originale, plutôt que les événements ou les récits exacts, pour proposer un récit collégial au carrefour des genres, à mi-chemin entre la comédie décomplexée, la romance impossible et la tragédie dramatique, le tout saupoudré de satire sociale et de guerre des classes...
Le Décaméron, saison 1 (The Decameron - 2024) :
Alors que la peste noire ravage l'Italie, Licisca (Tanya Reynolds), servante, fuit Florence avec sa maîtresse Filomena (Jessica Plummer) pour se réfugier dans la Villa Santa, possédée par Leonardo, un parent éloigné de cette dernière. Lasse d'être méprisée, elle finit cependant par pousser sa maîtresse arrogante d'un pont et endosse alors son identité. Sur place, elle rencontre Pampinea (Zosia Mamet), noble égocentrique promise à Leonardo, et sa fidèle servante Misia (Saoirse-Monica Jackson) ; Tindaro (Douggie McMeekin), homme-enfant immature et Dioneo (Amar Chadha-Patel), son médecin particulier musclé et séduisant ; le calculateur Panfilo (Karan Gill), aux penchants homosexuels dissimulés, et son épouse Neifile (Lou Gala), pieuse et en manque de sexe ; Stratilia (Leila Farzad), la cuisinière sarcastique de la Villa ; et Sirisco (Tony Hale), l'intendant en charge du domaine... Seul problème : Leonardo est récemment mort de la peste, mais Sirisco est le seul à le savoir, après avoir jeté le corps dans les douves de la Villa... et Filomena finit par arriver au château, où elle est prise pour la servante de sa "maîtresse".
Une vraie bonne surprise que cette mini-série Netflix historico-comique assez polarisante : on adhère ou pas au délire ambiant mais, dans mon cas, l'équilibre improbable de ce programme a bien fonctionné.
Comme je le mentionnais en introduction, le show est en effet constamment sur le fil du rasoir ; après une mise en place plus comique et caricaturale, bien portée par des acteurs n'hésitant pas à forcer le trait lorsque nécessaire, la série prend progressivement un virage plus sérieux, et ce dès le troisième épisode.
Un épisode qui commence pourtant par des coucheries dans tous les sens... mais devient rapidement plus intense et dramatique, voire même parfois touchant.
Cette tendance se confirme ensuite, alors que se multiplient les secrets, les mensonges, les morts, les humiliations et les confessions dans le cadre de cet environnement clos, de ce confinement pandémique qui permet ainsi aux personnages d'évoluer, de se révêler, de se développer et de changer, voire de se transcender, le tout sans se défaire d'une approche décalée et improbable de la fiction "historique" : alors que les costumes et les décors sont somptueux, l'illustration musicale alterne entre le Concerto pour mandoline de Vivaldi, qui sert de thème principal, et des classiques 80s (Depeche Mode, Pixies, Enya, etc).
Le décalage ainsi créé permet ainsi à la série de passer lentement de la satire à une méditation sur l'amour, le deuil et l'isolation, sans jamais oublier d'être amusante : les acteurs (en grande partie issus de la télévision anglaise) sont excellents (mention spéciale à Tony Hale, qui compose ici un personnage bien éloigné de ses rôles précédents), parviennent à maîtriser tant le versant comique que l'aspect tragique de leur personnage, et le scénario n'hésite pas à sacrifier certains d'entre eux au gré de sa progression, ici sous les coups d'une lame, là à cause de la maladie...
Ajoutez à cela un joli générique animé à base de rats, et voilà, une fresque satirique en costumes qui intrigue, divertit et touche tout au long de ses 8 épisodes... ou presque.
Si je peux reprocher quelque chose de tangible à la série, en effet, c'est peut-être son format : le récit multiplie un peu trop ses rebondissements, avec des personnages qui quittent la villa, y reviennent, repartent, etc, et des éléments parfois un peu répétitifs : six épisodes auraient peut-être été préférables, et permis d'éviter quelques longueurs redondantes, ainsi que certains personnages un peu girouettes, qui finissent par changer d'avis comme de chemise, histoire de bien renforcer à quel point ils méritent leur sort final.
Mais sinon, comme je le disais, une bonne surprise, dans l'ensemble, et un projet unitaire bien maîtrisé (dommage que la showrunneuse n'ait pas décroché le poste de showrunneuse de la future série Harry Potter de HBO, à la place de Francesca Gardiner, à l'expérience somme tout plus limitée).
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