Un nouveau départ pour le blog de Lurdo, après quasiment 14 ans de critiques cinéma et tv publiées tous les jours... ou presque. Archives sur lestelephagesanonymes.over-blog.com.
## Au programme : des films et des séries, pour un minimum de trois critiques par semaine...##
Beam Me Up, Sulu (2025) :
Un documentaire plein de bonnes intentions qui se sert du prétexte du tournage, en 1985, de Yorktown (un fanfilm auquel George Takei a, contre toute attente, gracieusement participé), pour partir dans des tangentes sur le manque de représentation des asiatiques dans l'industrie cinématographique, sur l'importance de la diversité au sein de la franchise Star Trek, sur l'importance de George Takei et de Mr Sulu à l'écran, sur l'ouverture d'esprit de la fanbase de Star Trek, etc.
Et c'est peut-être là que j'ai été déçu, parce que je m'attendais vraiment à un documentaire retraçant la genèse du fanfilm (qui n'a été finalisé qu'une trentaine d'années plus tard, par une autre équipe)... sauf qu'en fait, c'est simplement un fil conducteur en filigrane, et le documentaire semble plus intéressé par la franchise, ses fans et les valeurs communiquées par Star Trek.
Pas forcément une mauvaise chose, en ces temps de radicalisation du débat et de polarisation de la fanbase par des grandes gueules pratiquant l'outrage à outrance, ça fait effet de piqure de rappel, mais il n'y a rien de vraiment bien neuf sous le soleil pour quiconque a un minimum de recul et de connaissances sur la franchise Trek.
Ce n'est pas désagréable à suivre, c'est feel-good, mais ça s'arrête là, malheureusement, en ce qui me concerne.
3.5/6
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La Falaise (The Bluff - 2026) :
Autrefois pirate sanguinaire, Ercell Bodden (Priyanka Chopra) s'est installée sur une île des Caraïbes où elle vit paisiblement avec son fils Isaac (Vedanten Naidoo), handicapé, sa belle-sœur Elizabeth (Safia Oakley-Green), et son époux T.H. (Ismael Cruz Córdova), actuellement en mer. Jusqu'au jour où le cruel Francisco Connor (Karl Urban), ancien compagnon d'armes d'Ercell, ressurgit avec son équipage, et met l'île à feu et à sang pour retrouver l'ex-pirate et le trésor qu'elle lui a dérobé.
Les frangins Russo et Priyanka Chopra collaborent de nouveau (ou plutôt, tentent de justifier leurs précédents contrats avec Amazon pour le flop retentissant de l'univers partagé Citadel), pour ce film de pirates au budget relativement limité (ne pas s'attendre à d'immenses navires qui s'affrontent, etc, une grosse moitié du film se déroulant dans une grotte piégée), au rendu visuel très désagréable (sous-éclairage pour de nombreux intérieurs, et étalonnage numérique orange/bleu qui transforme certaines scènes en défilé d'oompa-loompas), et au rythme assez mollasson.
D'autant qu'au final, on est vraiment dans une histoire assez calibrée du type "XXX est une ex-espionne qui a tout quitté pour fonder une famille, mais un ennemi tout droit sorti de son passé revient se venger, obligeant XXX à reprendre les armes" comme les plateformes de streaming les aiment tant.
Bref, je n'ai pas franchement trouvé ça très maîtrisé, très palpitant voire même tout simplement très intéressant (sauf Karl Urban, qui campe un pirate assez convaincant).
2.25/6
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Fackham Hall (2025) :
Propriétaires ancestraux de Fackham Hall, la famille Davenport se retrouve en difficultés financières lorsque la fille aînée des Davenport (Emma Laird) s'enfuit avec son amant. Il n'y a plus d'héritier mâle, et seul le mariage de Rose (Thomasin McKenzie), la cadette, au détestable Archibald (Tom Felton), permettrait d'assurer l'avenir du manoir et de la lignée. Mais lorsque Eric Noone (Ben Radcliffe), jeune voleur orphelin, arrive au manoir pour y porter un message important, il se retrouve recruté par le majordome, et tombe sous le charme de Rose...
Une comédie anglaise co-écrite par le comédien Jimmy Carr et par des scénaristes anglais d'émissions comiques, et qui se veut une parodie de Downton Abbey en mode ZAZ. Soit.
Le problème, à vrai dire, c'est que c'est une parodie au ratio de 3 ou 4 contre 1. Comprendre que pour 3 ou 4 gags apparaissant dans le film, 1 seul fonctionne réellement, tandis que le reste tombe totalement à plat.
En partie parce que le rythme est insuffisant, ce qui télégraphie bon nombre de gags, qu'ils soient visuels ou dans les dialogues (le spectateur a souvent une grosse longueur d'avance sur les chutes des gags, alors que le métrage les met en place de manière bien trop surlignée), mais aussi parce que la structure même du film l'handicape un peu : en cours de route, le tout devient une parodie d'Hercule Poirot et compagnie, mais cette parodie reste constamment sous-développée, et très anecdotique.
Et puis, il faut bien l'avouer, l'humour est très aléatoire et inégal, entre slapstick balourd et téléphoné par la mise en scène, jeux de mots et répliques à la ZAZ (parfois littéralement repris de films de Leslie Nielsen), gags graveleux à base de pets, d'érections et de vélo dans le cul, satire du genre et gags évidents que n'importe qui aurait pu trouver en réfléchissant quelques instants...
Les scénaristes ont clairement fait leurs devoirs, mais plutôt que de nous offrir un simili-ZAZ de la grande époque, on est plus près des innombrables parodies que Leslie Nielsen a tournées dans les 90-00s, sans les ZAZ.
(cela dit, il reste un savoir-faire anglais dans les décors et les costumes, et il faut bien avouer que niveau direction artistique, ça donne un joli cachet à la production)
2.25/6
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## Au programme : des films et des séries, pour un minimum de quatre critiques par semaine...##
The Luckiest Man in America (2025) :
En 1984, après avoir raté son audition pour participer à Press Your Luck, un jeu télévisé à succès, Michael Larson (Paul Walter Hauser) est repêché de justesse, et mis devant les caméras. Aussitôt, il commence à engranger des gains faramineux, amenant la production (David Strathairn, Shamier Anderson...) à s'inquiéter d'une éventuelle tricherie...
Une comédie dramatique inspirée d'une histoire vraie et donc forcément un peu dramatisée pour les besoins de l'écran, avec un Paul Walter Hauser excellent en candidat à la limite de la tricherie, mais qui profite en réalité d'une faille du système pour tenter de devenir enfin quelqu'un.
La reconstitution historique est efficace malgré un budget forcément limité, le casting est plutôt bon (Maisie Williams en guide touristique des studios CBS, Walter Goggins en présentateur du jeu), et le tout déroule sa trame de manière efficace, sans forcément pousser le film vers quelque chose d'exceptionnel.
Cela dit, ça remplit son office, ça se regarde facilement, c'est divertissant et c'est toujours ça de pris.
4/6
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Sur le blog du Téléphage Anonyme,de mi-septembre à début novembre, on fête Halloween avec l'Oktorrorfest, un marathon quotidien de cinéma fantastique et d'horreur...
Abraham's Boys : A Dracula Story (2025) :
En Californie, en 1915, Abraham Van Helsing (Titus Welliver) vit avec Mina Harker (Jocelin Donahue), avec laquelle il a eu deux fils, Max (Brady Hepner) et Rudy (Judah Mackey), qu'il élève dans la rigueur et l'autorité. Mais alors qu'il espérait avoir laissé derrière lui la menace vampirique du Comte Dracula, voilà que le Mal semble réapparaître, cette fois-ci en Amérique, et menacer de faire s'effondrer la fragile famille recomposée des Van Helsing...
Un métrage Shudder, adapté d'une nouvelle de Joe Hill, et qui fait énormément de surplace, sans jamais aller nulle part.
Ou plutôt, devrais-je dire : ça se contente d'arpenter des chemins déjà bien tracés, notamment par Frailty (Emprise, chez nous, de et avec Bill Paxton), dont ce Abraham's Boys n'est ni plus ni moins qu'un portage intégré au mythe de Dracula : Van Helsing est fanatique, brutal, paranoïaque et psychorigide, il forme ses fils à marcher dans ses pas, mais progressivement, ces derniers en viennent à douter de la réalité de la menace contre laquelle il les prépare, et de la santé mentale de leur géniteur.
Seule différence, ici, la conclusion, qui évacue tout ce qui faisait, justement, le sel de Frailty.
On sent que la réalisatrice a des velléités artistiques, présentant le film au format 4/3, et un cauchemar en noir et blanc, mais l'alchimie ne prend jamais vraiment, tant l'image manque de grain et de rendu, et l'illustration musicale est parfois étrangement primesautière et hors-sujet.
Et puis il y a vraiment le problème d'une adaptation de nouvelle bien trop courte pour être transformée en un film au format 90 minutes : ça reste trop longtemps contemplatif et assez creux, ne s'énervant un peu qu'à la toute fin, il n'y a jamais la tension nécessaire à l'existence d'un tel récit, les personnages secondaires sont tous sous-développés, bref...
2.25/6
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Monster Island (Orang Ikan - 2024) :
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, un prisonnier allié, Bronson (Callum Woodhouse), enchaîné à un prisonnier japonais accusé de trahison, Saito (Dean Fujioka), se retrouve échoué sur une île mystérieuse du Pacifique lorsque le navire de transport de prisonniers à bord duquel ils se trouvaient sombre. Là, sur l'île, ils sont alors confrontés à une créature amphibie agressive, et ils doivent mettre de côté leur antagonisme pour espérer survivre...
Production ambitieuse d'un réalisateur de Singapour, Monster Island (ou Orang Ikan) n'est malheureusement pas à la hauteur de ces ambitions, ou de ses modèles évidents : Predator, L'étrange créature du lac noir, Enemy Mine, etc.
La faute à un budget très limité, mais aussi à une approche du genre assez basique (un mec en costume caoutchouteux), à un montage cache-misère assez médiocre et à un rythme vraiment pas maîtrisé.
Résultat, si les intentions sont louables et le contexte historique pas désagréable, le tout est franchement anémique, et tourne très rapidement à vide.
2/6
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Satan Wants You (2023) :
Un documentaire diffusé sur Tubi et qui s'associe bien à un visionnage de la série Hysteria!, puisqu'il revient sur la "panique satanique qui a brièvement traversé les USA dans les années 80, suite à la publication d'un livre sensationnaliste, Michelle Remembers, dans lequel un psychiatre canadien affirmait que ses séances de régression hypnotique effectuée sur Michelle, une patiente dépressive, prouvaient qu'elle avait été victime de satanistes malveillants et pédophiles (dont sa mère), pendant toute son enfance.
Des affirmations peu probantes, mais pourtant aussitôt prises pour argent comptant par une certaine droite américaine conservatrice, renforcées par l'Église, les talk-shows et rapidement propagées un peu partout dans le monde.
Sauf que... en fait, ce Satan Wants You ne rentre pas tant que ça dans les détails de la satanic panic, gardant toujours au centre de ses préoccupations le livre et le couple à l'origine de celui-ci : la panique reste en arrière-plan, son histoire reste sommairement décrite, jusqu'à aboutir à aujourd'hui, avec le pizzagate, QAnon et les fake news, héritiers directs des années 80 et de l'hystérie collective de l'époque.
Ce qui intéresse plus le documentaire, c'est le livre, son témoignage, et la romance problématique entre Michelle et son psychiatre, lui en quête de gloire et marqué par des images de rites africains qu'il avait filmés sur place, et elle totalement à sa botte, incapable de discerner la réalité du fantasme dans ses transes hypnotiques.
Et ce cher psychiatre de franchir le pas et de coucher avec sa patiente, avant de divorcer précipitamment de sa femme, d'épouser Michelle, et de se lancer dans une tournée mondiale de promotion de leur livre, un livre partiellement financé par l'Église catholique, plein de problèmes chronologiques et de cohérence interne, et qui a déclenché une folie collective outre-atlantique et ailleurs.
Malheureusement, à mes yeux, cette liaison (ainsi que les témoignages de leurs proches, etc) a tendance à un peu trop occuper d'espace dans ce métrage, au détriment du contexte global et d'une plongée plus approfondie dans le phénomène.
En l'état, le documentaire est intéressant, mais un peu frustrant.
3.5/6
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Sinners (2025) :
En 1932, dans le Mississippi, Smoke and Stack Moore (Michael B. Jordan), deux petites frappes ayant travaillé pour Al Capone, reviennent dans leur ville natale pour y ouvrir un juke joint, où célébrer la culture afroaméricaine et vendre de l'alcool. Rapidement, cependant, le club et sa musique attirent l'attention des forces du Mal, et les jumeux et leurs proches doivent faire face à des vampires sanguinaires prêts à tout leur prendre.
Un long-métrage de Ryan Coogler qui a été particulièrement bien accueilli par la critique US pour de multiples raisons évidentes (le réal et l'acteur principal ont les faveurs de la critique et du public, c'est un film de genre sur le passé des afroaméricains, sur leur culture, sur l'oppression, sur la musique, c'est de l'horreur "transcendée" où les méchants vampires blancs du KKK qui tentent de voler la musique et la culture des noirs sont une grosse métaphore, avec en prime un propos survolé sur la religion, c'est un projet aux partis pris techniques très affirmés, avec photo sous-exposée, tournage pellicule, etc...) mais qui, au final, s'avère plutôt inégal.
Déjà, parce que Sinners prend bien son temps, consacrant sa première heure à de la mise en place et à la présentation des personnages - en soi, pourquoi pas (et cette première heure propose quelques jolies séquences, notamment le plan séquence qui voit le club se peupler de musiciens noirs de toutes les époques dans un grand melting pot intemporel), pour peu que la suite du film soit à la hauteur.
Mais c'est là que le bât blesse un peu : quand tout commence à partir en vrille, comme dans Une Nuit en Enfer (un grosse influence évidente du film), Coogler semble se désintéresser progressivement du genre de son métrage : la partie siège manque de tension, l'assaut des vampires est assez mou et parfois filmée de manière très basique, l'affrontement final entre les deux frères (et de manière générale tout ce qui est thématique sur la dualité) est sous-exploité, et la fin de cette intrigue arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, suivi de plusieurs épilogues pas forcément très probants formellement (Smoke qui défourraille le KKK au ralenti sur fond de riffs métal avec une sulfateuse ; Sammie, devenu star du blues, qui reçoit la visite, dans ses vieilles années, de Stack et d'Annie, vampires toujours vivants).
On en vient presque à regretter que Coogler soit parti dans un film de vampires, et pas dans quelque chose de plus sérieux et/ou historique.
Une expérience assez mitigée, donc, mais... je suis caucasien, et je suis français. Si je dois en croire toutes les suranalyses et autres commentaires énervés laissés sur le web outre-atlantique en réponse à la moindre critique un tant soit peu tiède, cela me disqualifie donc de pouvoir donner mon avis sur le film, car je ne suis pas capable de comprendre celui-ci et toutes ses subtilités ultra-profondes, ses messages, etc : le bon vieux "un film trop intelligent pour toi, réservé à ceux qui ont un cerveau", qui devient ici "réservé à ceux qui ont un cerveau afroaméricain"...
3.75/6
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The Ugly Stepsister (2025) :
Filles de Rebekka (Ane Dahl Torp), Elvira (Lea Myren) et Alma (Flo Fagerli) voient d'un oeil favorable le remariage de leur mère avec le père de la belle Agnes (Thea Sofie Loch Næss), espérant trouver là une source d'argent et de stabilité. Mais lorsque ce dernier décède subitement, les quatre femmes se retrouvent sans le sou ; Elvira devient alors le seul espoir de subvenir à leurs besoins, en parvenant à épouser le Prince Julian (Isac Calmroth), qui cherche justement une compagne. Mais pour cela, Elvira, adolescente ronde et peu attirante, va devoir tout faire pour améliorer son physique... et lutter contre la beauté naturelle de sa belle-sœur.
Une production Shudder, relecture norvégienne du conte de Cendrillon en mode body horror poisseuse, et du point de vue de l'une des belles-sœurs de Cendrillon, une Cendrillon qui se montre d'ailleurs ici assez hautaine et méprisante, hantée par le souvenir de sa mère et prostrée sur le cadavre en décomposition de son père (en plus de coucher avec le garçon d'étable).
On a donc droit ici à une satire sociale du monde de la beauté, de son industrie, avec un chirurgien esthétique brutal et sadique, une Elvira qui s'impose un ténia pour maigrir, et qui, comme chez Grimm, se tranche volontairement les orteils pour tenter d'enfiler la pantoufle d'Agnes/Cendrillon.
Le tout avec moults détails sanglants et gore (l'extraction de ténia, l'implantation des faux-cil) joyeusement décomplexés ("il faut souffrir pour être belle"), au milieu de ce qui est une reconstitution mordorée et chatoyante d'un monde de conte de fées à l'ancienne. Un monde où la pourriture et les asticots grouillent cependant sous les apparences, où le Prince et ses amis sont beaufs et graveleux, et où les femmes se plient en quatre pour satisfaire les désirs d'hommes médiocres.
Bien réalisé, très bien interprété (Lea Myren est excellente), c'est un premier film brutal, graphique et surprenant, malgré quelques scories ponctuelles, çà et là.
4.25/6
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Nosferatu (2024) :
Au 19e siècle, en Allemagne, Thomas Hutter (Nicholas Hoult), agent immobilier, est envoyé par son patron au fin fond des Carpathes pour signer un contrat avec le Comte Orlok (Bill Skarsgård), un excentrique aristocrate reclus. Il laisse derrière lui son épouse Ellen (Lily-Rose Depp), en proie à des visions sinistres, et découvre rapidement, arrivé sur place, qu'Orlok est un monstre difforme et assoiffé de sang. Prisonnier des geôles d'Orlok, Hutter ne peut que subir ses manigances, alors même que le vampire part s'installer en Allemagne, apportant avec lui la pestilence, et ayant jeté son dévolu sur la femme de Hutter.
Remake du Nosferatu de Murnau (1922) par Robert Eggers, ce Nosferatu 2024 a été reçu triomphalement par la presse à sa sortie, et nommé à de multiples reprises aux Oscars. Pas forcément surprenant, tant l'approche méthodique, ultra-travaillée et "film d'auteur" des œuvres d'Eggers ont toujours su trouver un écho auprès des critiques et d'une certaine catégorie de spectateurs : oui, Eggers réalise toujours des films particulièrement exigeants et aboutis formellement, comme son The VVitch, ou encore The Lighthouse... mais malheureusement, ce sont aussi, pour moi, des films qui sacrifient la peur, la tension et l'horreur sur l'autel du projet artistique formel.
Ce Nosferatu, lui, ressemble plus à un film "classique" rendant hommage au métrage de Murnau, mais paradoxalement, si l'on retrouve ici toutes les qualités formelles du travail d'Eggers (réalisation, costumes, maquillages, travail de l'image, etc), on est aussi en terrain bien trop familier pour que ces deux heures de film ne paraissent pas interminables : l'histoire de Dracula, on la connaît, même légèrement modifiée par Murnau pour son Nosferatu. Et comme Eggers colle de très près au récit original, on se retrouve à suivre un récit sans surprise dont on connaît à l'avance tous les tenants et aboutissants.
D'autant que les quelques modifications apportées ne sont pas toujours probantes (cette version fait d'Ellen quelqu'un de "spécial", doté de capacités psychiques latentes, et la rend responsable du réveil de Nosferatu, car elle sentait seule et avait besoin de "compagnie" - une manière bancale d'exprimer dans le texte la symbolique vampire = sexualité réprimée de l'époque, qui rejoue la partition d'Eve et de la pomme, et qui transforme son geste final en acte de rédemption un peu égoïste plus qu'en sacrifice vraiment noble), pas aidées par une interprétation brute de décoffrage : Eggers multiplie les plans bien cadrés, mais face caméra et sans beaucoup de montage, et laisse ses acteurs faire leur métier - ce qui fonctionne souvent très bien (le Nosferatu moustachu de Skarsgård est très réussi), mais verse aussi parfois dans le théâtral caricatural, où l'on se contortionne et l'on éructe comme dans un film d'exorcisme (Lily-Rose Depp, mais aussi Simon McBurney).
Ce qui maintient, au final, le métrage dans un constant état d'entre-deux, avec un cadre formel très réussi, mais presque parfois trop appliqué, et une atmosphère étouffante et pesante, ponctuellement alourdie de scènes inutiles, de dialogues superflus, et de pointes d'interprétation grotesque qui sortent du film, et renforcent son inertie.
Impossible de mettre en dessous de la moyenne, ne serait-ce que pour le travail abattu, mais ça ne m'a pas plus convaincu que ça, globalement.
3/6
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