Un nouveau départ pour le blog de Lurdo, après quasiment 14 ans de critiques cinéma et tv publiées tous les jours... ou presque. Archives sur lestelephagesanonymes.over-blog.com.
Série HBO Max en une seule saison de 8 épisodes de 25-30 minutes, The Franchise, une satire du monde des films de superhéros a été créée par Jon Brown, et showrunnée par Brown, Armando Ianucci et Sam Mendes.
Un projet qui arrive un peu après la bataille (depuis 2020, c'est devenu à la mode de se moquer allègrement des films de superhéros et de leur production, donc ce projet était-il bien nécessaire ?), surtout après le flop d'Avenue 5, la comédie spatiale de Brown et Ianucci. Mais bon, visiblement, le succès de Succession permet à Brown d'avoir carte blanche... et The Franchise en est le résultat.
The Franchise, saison 1 :
En arrivant sur le tournage de Tecto, le dernier blockbuster d'une immense franchise superhéroïque, Dag (Lolly Adefope) découvre le chaos ambiant qui règne sur le tournage : les acteurs - le prétentieux Peter Fairchild (Richard E. Grant), Adam (Billy Magnussen), pas très brillant -, le réalisateur Eric Bouchard (Daniel Brühl), persuadé d'être un génie, Steph (Jessica Hynes), responsable du scénario et assistante personnelle du réalisateur, Pat (Darren Goldstein), un cadre du studio, Anita (Aya Cash), la nouvelle productrice exécutive... et Daniel Kumar (Himesh Patel), premier AD, qui gère au jour le jour l'ensemble du tournage...
En regardant Avenue 5, je concluais par "il arrive un moment où le chaos organisé et hystérique autour de personnages incompétents, ça lasse", qui résumait peu ou prou l'essentiel de la série spatiale.
Pour The Franchise, la recette est la même : à un degré ou à un autre, quasiment tous les personnages sont mesquins, égocentriques, incompétents (c'est d'autant plus flagrant pour le personnage de Dag, initialement introduite comme référent du public, mais qui presque aussitôt devient une machine à one-liners sarcastiques, ambitieuse mais étrangement dénuée de talent, totalement dans sa bulle et indifférente au sort de la production, une assistante qui se montre cassante et méprisante envers tout et tout le monde, et que les scénaristes trouvent clairement hilarante - elle m'a paru insupportable ; n'est pas April Ludgate qui veut) et, peut-être plus embêtant, ils sont tous affreusement cyniques et désabusés et savent pertinemment qu'ils tournent de la m*rde.
C'est assez symptomatique de la série dans son ensemble, d'ailleurs ; ici, l'objectif est clairement de satiriser/de se moquer des productions superhéroïques, et de Marvel en particulier (ça se moque très légèrement de DC, en parlant de la Kumar-cut, mais pas trop, Warner/HBO oblige) et les scénaristes recyclent donc tous les gros titres et lescritiques qui ont entouré le MCU ces 15 dernières années : univers connecté, superhero fatigue, manque de personnages féminins, héros sous stéroïdes, fanboys dangereux et extrémistes, rivalités internes, les déclarations de Scorsese, etc, le tout encadré par un Pat clairement modelé (du moins physiquement) sur Kevin Feige.
Sauf que ça s'arrête plus ou moins à ce degré de lecture : des gros titres transformés en gags passagers, des situations superficielles et des personnages sommaires, des caméos assez quelconques (Nick Kroll, Katherine Waterston), et des sous-intrigues pas terribles, comme l'obsession de Steph pour un figurant, qui finit par se transformer en aventure à sens unique.
Alors, occasionnellement, on sourit, surtout si l'on est familier avec tout cet univers de la production ciné et/ou des films de superhéros, et aussi parce que Brühl et Grant sont excellents. Mais on a aussi fréquemment l'impression que la satire de Ianucci et Brown se limite trop souvent à "regardez comme ces gens sont stupides et pathétiques, c'est drôle".
Et bien pas tant que ça, en fait. J'ai même envie de dire que les segments courts diffusés dans le générique de fin de chaque épisode sont probablement plus drôles et réussis que le reste de la série, ce qui est assez problématique : la série en elle-même finit ainsi par paraître assez plate et inerte, une satire ultra-superficielle et creuse d'un genre cinématographique et de sa production... ce qui explique probablement pourquoi elle a été annulée au terme de cette saison 1.
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Les deux premières saisons de What If...? étaient de bonnes surprises, des anthologies souvent légères et amusantes, parfois un peu plus sérieuses, qui présentaient des scénarios alternatifs aux événements du MCU.
Certes, la saison 2 était tout de même un cran en dessous, victime de scénaristes ayant confondu la popularité du personnage de Capitaine Carter avec un besoin impérieux de la faire figurer dans la moitié des épisodes de la saison, et paradoxalement, la sérialisation de l'anthologie était ainsi devenue inutilement trop prononcée... mais ce n'était pas rédhibitoire pour autant.
Pour cette saison 3, annoncée comme l'ultime saison de la série par un Marvel qui freine un peu sur son calendrier et resserre ses budgets, peu de changement (la showrunneuse a passé la main à son bras droit des deux premières saisons, mais tout de même a écrit deux épisodes), mais une réception étrangement hostile de la part des critiques qui, pour beaucoup, semblent tout juste découvrir le concept et le ton général de la série après trois saisons, reprochant soudain à ce programme (diffusé à Noël, rappelons-le) de ne pas être plus profond, plus sombre et plus dramatique... ou tout l'inverse.
What If...?, saison 3 (2024) :
- 3x01 : "What If... the Hulk Fought the Mech Avengers?" : Après qu'une transformation incontrôlable de Hulk ait donné naissance à l'Apex, un kaiju indestructible accompagné de Gamma Beasts innombrables, la Guerre Gamma a ravagé la Terre, et les Avengers survivants ont vaincu les monstres à bord de leurs Mecha-Avengers. Mais l'Apex est de retour, et Captain America (Anthony Mackie) doit partir à la recherche de Bruce Banner (Mark Ruffalo), en exil...
Un mélange de Godzilla, de Pacific Rim, des Avengers, de Voltron, de Macross, etc, avec un gros casting vocal, des plans plutôt jolis, et des inspirations assumées (la version finale de Hulk), pour un tout qui se regarde, sans plus. Il faut dire que je ne suis pas forcément fan du genre "méchas vs monstres", donc...
- 3x02 : "What If... Agatha Went to Hollywood?" : Parce qu'elle veut s'emparer des pouvoirs du Céleste Tiamut, Agatha Harkness (Kathryn Hahn), star du Hollywood des années 30, décide de recourir aux services de Kingo (Kumail Nanjiani), l'ultime Éternel, pour réaliser un dernier rituel. Mais le maître de Kingo, Arishem, ne l'entend pas de cette oreille...
Un épisode années 30 et comédie musicale très divertissant, et visuellement assez spectaculaire. Les acteurs s'amusent clairement au doublage, le numéro de danse virevolte dans tous les sens, et il est amusant de constater que le MCU animé gère mieux l'existence des Éternels que le MCU cinématographique.
- 3x03 : "What If... the Red Guardian Stopped the Winter Soldier?" : Au début des années 90, le Red Guardian (David Harbour) part pour les USA, afin de prouver qu'il a plus de valeur que le Soldat de l'hiver (Sebastian Stan), envoyé tuer les Stark. S'en suit un road trip avec les deux hommes, des soldats aux caractères radicalement différents, traqués par Bill Foster (Laurence Fishburne)...
À nouveau, un épisode plutôt comique, en mode buddy comedy, dont on sent que les acteurs (Harbour en tête) s'en donnent à cœur joie en forçant le trait. C'est rythmé, plein d'action, c'est assez drôle, bref, c'est réussi, avec en prime une référence sortie de nulle part à Thelma et Louise.
- 3x04 : "What If... Howard the Duck Got Hitched?" : Lorsqu'ils se rencontrent durant une fête donnée par Thor, c'est le coup de foudre entre Howard le canard (Seth Green) et Darcy (Kat Dennings), qui finissent par se marier et par donner naissance à un œuf. Mais bien vite, toutes les forces du mal de l'univers tentent de mettre la main sur cet œuf au destin unique...
Troisième épisode à la suite dans le registre de la comédie, avec ici un gros, gros casting vocal (presque tout le monde reprend son rôle), une chanson de KISS et une animation décomplexée, en mode course poursuite à la Benny Hill aux quatre coins de la galaxie, avec une fin façon Arche d'alliance. Ça n'a pas dû être économique à produire, mais c'était rigolo.
- 3x05 : "What If... the Emergence Destroyed the Earth?" : Le Watcher observe un monde où, après la destruction de la Terre au cours de l'Émergence de Tiamut, Mysterio (Alejandro Saab) a pris le contrôle des ruines à l'aide de ses illusions et de son armée de robots. Avec une poignée de survivants, Riri Williams (Dominique Thorne) tente de vaincre Vision et son maître...
Mwébof, celui-là, une version post-apocalyptique pleine de seconds couteaux d'un univers improbable, avec en tête d'affiche une Riri Williams qui déjà ne convainquait pas particulièrement dans Black Panther 2. Quant à la toute fin, à savoir lorsque le Watcher cesse de se contenter de regarder et intervient semi-directement, mouais... c'est la suite logique de ce qui a été amené jusque là dans la série, mais je n'ai pas trop envie que ça fasse toute la fin de la série là-dessus.
- 3x06 : "What If... 1872?" : Justicier au Far West, Shang Chi (Simu Liu) et sa coéquipière Kate Bishop (Hailee Steinfeld) partent sur les traces du malfaisant Hood, qui enlève et exploite les immigrants chinois, et est responsable de la disparition de Xi (Meng'er Zhang), la sœur de Shang Chi...
Une sorte de Shang Chi 2 en version western (avec une confrontation finale entre Schang Chi et sa sœur qui ressemble probablement à ce qu'aurait donné le final d'un SC 2 ou 3), plutôt bien mené, même si au final, tout reste très prévisible. Uatu continue d'intervenir, ce qui débouche sur un double épisode final qui lui est consacré...
- 3x07/08 : "What If... the Watcher Disappeared?"/"What If... What If?" : Lorsqu'elles réalisent que Uatu est en danger, Captain Carter (Hailey Atwell), Kahhori (Devery Jacobs), Storm (Alison Sealy-Smith) et Byrdie (Natasha Lyonne) cherchent à accéder à la Cinquième dimension, et ont recours pour cela à un Infinity Ultron pacifiste (Ross Marquand). Mais les Watchers ont déjà décidé du sort de Uatu (Jeffrey Wright) et une ultime bataille débute alors pour sauver ce dernier...
Un double épisode final assez bof, en partie parce qu'à nouveau centré sur la team Girl power de Captain Carter (je ne suis pas du tout fan du personnage de Byrdie, façon rock chick/riot grrrl au doublage très... spécial), mais aussi parce que la deuxième moitié dégénère dans de la baston à la DBZ avec des personnages surpuissants, une fusion, une absence totale de véritables conséquences (tout le monde se passe à tabac, mais même pas un bleu), un transfert de pouvoirs bien trop facile, et un sacrifice de Carter (encore une fois) assez attendu.
Ça se regarde sur le plan du spectacle pur et simple, mais je n'ai pas trouvé tout ça particulièrement intéressant, à une scène ou deux près.
(et puis la manière dont Storm-Thor est introduite à l'arrache, juste histoire d'utiliser la doubleuse, mwébof)
Bilan saisonnier :
Une ultime saison frustrante, car proposant quelque chose de ludique et de léger dans sa première partie, avant de rebasculer dans ses travers habituels et de tout centrer sur Captain Carter vers la fin. Ce qui est un exemple assez typique de surexposition : j'aime bien le personnage de Carter en tant qu'homologue interdimensionnel de Rogers, mais entre la saison précédente et cette fin de saison, là, c'est trop.
D'autant plus que le show reste assez maladroit dans sa manière de cocher les cases du cahier des charges de représentativité habituel chez Marvel TV et Disney (on place un maximum de personnages secondaires féminins et/ou issus de la diversité, mais ils font à peine plus que de la figuration) ou de rendre OP ses personnages inventés, comme Byrdie, Storm-Thor ou Kahhori.
Bref, un peu déçu par la dernière ligne droite du programme, qui se termine (de manière assez appropriée) par un monologue d'Uatu bouclant la boucle... mais qui passe par de la baston à gogo et des facilités frustrantes pour en arriver là.
Après, est-ce que cela fait rétroactivement de la série "la pire production Marvel", comme beaucoup de commentateurs en ligne et certains critiques "pro" l'ont affirmé ? Ces mêmes critiques qui sont incapables de se mettre d'accord sur ce qu'ils auraient voulu de la série (Encore plus de postulats improbables ? Au contraire, plus de What if sérieux et développés ? Des fusions décalées de personnages, comme Thanos-Wolverine ? Ou bien moins de ça, parce que c'est trop enfantin et immature ? Tout le monde semble avoir un avis différent sur la question...) ?
Loin de là. What If...? reste une série animée sympatoche mais anecdotique, dont la saison 1 reste la plus intéressante, et qui a décliné un peu au fil des épisodes, mais rien de dramatique, et on trouve toujours, chaque saison, de quoi se mettre sous la dent.